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Bloquer les réactions inflammatoires contre notre propre ADN : un traitement innovant des maladies auto-immunes

Equipe de recherche

  • Prof. A. Ablasser (EPFL)
  • Prof. M. Gilliet (CHUV)
  • Scientifique
  • 2020

Bloquer les réactions inflammatoires contre notre propre ADN : un traitement innovant des maladies auto-immunes.

👉 Traduction anglaise du communiqué de presse (29.06.2020)

Le système immunitaire inné est essentiel à la protection de l’organisme contre les infections. Conçu dans le but d’éliminer les intrus, il reconnaît de grandes classes de molécules n’appartenant a priori pas au soi, comme l’ADN de virus ou de bactéries.

Les travaux de recherche de l’immunologue Andrea Ablasser se concentrent justement sur ces mécanismes de détection immédiats des pathogènes et sur les conséquences d’une activation erronée du système immunitaire. Lorsque les molécules des intrus ressemblent fortement aux molécules de son propre organisme, l’immunité innée peut en effet s’attaquer à tort aux molécules du soi, entraînant une inflammation, voire une autodestruction de tissus tout à fait normaux.

C’est ce qui arrive dans certaines maladies auto-immunes: «Le système devient intrinsèquement hyperactif et se déclenche par erreur, indépendamment de toute infection, explique la Prof. Ablasser. Le système immunitaire attaque alors son propre ADN, échappé du noyau cellulaire pour cause de maladie, de stress ou du vieillissement cellulaire notamment.» C’est le cas de plusieurs maladies auto-immunes de la peau relativement communes que le Prof. Michel Gilliet – dermatologue spécialisé dans la réponse immunitaire cutanée – a l’habitude de traiter auprès de patient.e.s: le psoriasis (renouvellement trop rapide de la peau), le lupus érythémateux (ou LE, inflammation de la peau qui peut également toucher d’autres organes, y compris l’arthrite) ou encore la sclérodermie (durcissement de la peau).

Lors de précédentes recherches, la Prof. Andrea Ablasser a déjà réussi une avancée phénoménale: elle a identifié la voie de signalisation cGAS/STING, comprenant deux molécules qui agissent conjointement pour activer, particulièrement fortement, les signaux inflammatoires contre les virus introduits dans l’organisme. Avec son équipe, la chercheuse se met alors en quête d’une molécule apte à bloquer ce processus et parvient à détecter une substance capable d’enrayer l’une des composantes de cette voie de signalisation. «Il s’agit aujourd’hui d’évaluer le potentiel de cette substance inhibitrice à but thérapeutique dans différents modèles pathologiques, dont les maladies auto-immunes», précise-t-elle.

Les principaux objectifs du projet lauréat du Prix scientifique Leenaards 2020 sont donc triples. Dans une première phase, il s’agira de comprendre en détail les causes et les effets de l’hyperactivité intrinsèque du système inné responsable de maladies auto-immunes. Dans une seconde phase, de tester les hypothèses physiopathologiques de la première phase au laboratoire, tout en développant de nouvelles stratégies thérapeutiques sur des modèles de tissus humains. Enfin, de tester l’effet bénéfique de nouveaux inhibiteurs spécifiques du système STING au laboratoire et chez l’homme, en vue d’applications thérapeutiques.

Ce projet est mené par une équipe de recherche translationnelle réunissant la Prof. Andrea Ablasser, experte mondialement reconnue pour ses travaux en biologie de l’immunité innée et actuelle responsable du laboratoire de l’Institut d’infectiologie et de santé globale de la Faculté des sciences de la vie de l’EPFL, avec le Prof. Michel Gilliet, chef du Département de dermatologie et vénérologie du CHUV (Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL), impliqué dans la recherche et les progrès thérapeutiques des maladies auto-immunes de la peau. Cette équipe réunit les compétences pour résoudre une problématique clinique importante au travers du continuum entre la recherche fondamentale – qui vise ici à comprendre des mécanismes physiopathologiques fondamentaux – et l’application clinique au bénéfice du patient.

Nous espérons que les résultats obtenus à partir des modèles étudiés – à l’instar du psoriasis, pour ne citer que cet exemple – auront des répercussions thérapeutiques dans un grand nombre d’autres affections auto-immunes existant chez l’humain, comme le diabète, l’arthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques, ou même la maladie de Parkinson.