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Prof. Nicola Harris – Prof. Sanjiv Luther
  • Scientifique
  • 2012

Prof. Nicola Harris
Professeur assistant Tenure Track, Swiss Vaccine Research Institute and Global Health Institute, Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Prof. Sanjiv Luther
Professeur associé, Département de biochimie, Université de Lausanne (UNIL).

Suppression de la réponse immunitaire par les microbes intestinaux

Phénomène relativement récent dans les pays développés, la multiplication des maladies inflammatoires chroniques interpelle les scientifiques. Avec l’évidence croissante que cela résulte des modifications de nos styles de vie et de notre environnement. Le présent projet s’intéresse spécifiquement aux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, pour comprendre leurs relations avec les modifications de la flore intestinale et la disparition – dans nos régions – des infections par les vers dont souffrent encore des milliards d’individus. L’objectif principal est de procurer des données essentielles pour avancer dans le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques et préventives.

Depuis la dernière moitié du siècle passé, un des changements marquants de l’environnement microbien de l’espèce humaine a été l’élimination de grands vers multicellulaires dans les pays industrialisés. Ce type de vers, vivant souvent dans l’intestin pendant des années, créent des infections chroniques. Ils infectent encore aujourd’hui quelque 2,5 milliards de personnes privées d’accès à une hygiène appropriée. Des preuves scientifiques ont établi qu’une variation dans l’exposition à ces vers intestinaux peut considérablement influencer notre prédisposition aux maladies chroniques.

La présence d’un grand nombre de bactéries inoffensives dans l’intestin est un autre facteur important pour la santé d’un individu. Chez une personne saine, on dénombre environ 1’000 espèces de bactéries différentes dans le gros intestin. Or, il y a de plus en plus d’é- vidences que le style de vie et l’environnement provoquent des changements dramatiques au sein de cette communauté bactérienne: changement de régime, lieu de naissance ainsi que le fait d’être arrivé au monde par césarienne ou non, allaitement naturel ou au biberon et, bien sûr, l’utilisation d’antibiotiques.

Des microbes qui dialoguent avec les cellules immunitaires

A ce jour, le grand défi est de comprendre comment les vers et les bactéries peuvent moduler une maladie et d’utiliser ces informations pour soigner la maladie concernée. Dans ce but, beaucoup d’efforts portent sur les populations de cellules immunitaires classiques. On connaît par contre moins le rôle joué par des cellules tissulaires, à savoir des fibroblastes, connues pour leur capacité à apporter structure et intégrité aux tissus, mais qui jouent également un rôle en fournissant des signaux aux cellules classiques de notre système immunitaire. Notre hypothèse est que les fibroblastes acquièrent une capacité de mémorisation, après avoir été stimulés, et qu’ils peuvent, en cas de nécessité, moduler la réponse immunitaire contre de nouveaux stimulus.

Dans le projet, cette hypothèse sera testée en utilisant des modèles animaux spécifiques, infectés ou non par des vers, ou encore en comparant des souris «normales» avec des souris élevées dans des isolateurs pour les protéger de toute contamination microbienne. L’impact de ces organismes sur les fibroblastes sera déterminé au niveau moléculaire, en étudiant l’expression de certains gènes, et au niveau cellulaire, en déterminant leur capacité d’ac- tiver ou de supprimer la fonction des cellules du système immunitaire. Des souris génétiquement modifiées permettront d’étudier l’impact de certains gènes sur le fonctionnement du système immunitaire et sur le développement de maladies inflammatoires chroniques (l’asthme, l’arthrite et la sclérose en plaques).