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Dr. Olaf Blanke – Dr. Philippe Maeder – Dr. Christine Mohr
  • Scientifique
  • 2003

Prof. Olaf Blanke (HUG)

Dr Philippe Maeder (CHUV)

Dr ès sciences Christine Mohr

 

Des excursions transcendantales à la médecine moderne

Un autre groupe de chercheurs lauréat des Prix Leenaards 2003 veut braquer les feux de sa rigueur scientifique sur une situation hors du commun, vécue parfois par certaines personnes qui se sentent comme « sorties de leur peau »: lors de ces expériences extra-corporelles, comme les nomment les spécialistes, les sujets peuvent se sentir soudainement « planer » à deux mètres au dessus du sol, et voir leur propre corps un peu plus bas, par exemple allongé sur un lit.

Loin d’être de la parapsychologie voire de la sorcellerie, ce type d’expérience commence à susciter un réel intérêt de la part des scientifiques. C’est même l’un des chercheurs de ce groupe, Olaf Blanke, des hôpitaux universitaires genevois, qui a fait l’une des expériences décisives dans ce sens, publiée il y a quelques mois dans l’une des plus grandes revues scientifiques. Aujourd’hui il veut aller plus loin, en collaboration avec un radiologue du CHUV, le Dr Philippe Maeder, et une neuropsychologue genevoise la Dr ès sciences Christine Mohr. Les chercheurs espèrent découvrir les mécanismes cérébraux détaillés qui entrent en jeu, de même que les conditions qui peuvent en favoriser l’expression.

Sur une période de trois ans, il vont pour cela étudier à la fois des malades souffrant d’une maladie neurologique et ayant vécu ou non de telles expériences extracorporelles, et des individus normaux ayant eux aussi connu ou non une telle « vie en dehors du corps ». Pour ce projet original, les chercheurs soumettront leurs sujets à des situations qui pourraient se rapprocher de ce qu’ils vivent lors d’une expérience extracorporelle.

Concrètement, on leur montrera divers dessins représentant des figurines humaines simplifiées, dessinées de face ou de dos, et qui ne seront visibles que durant environ un tiers de seconde, ou des images réelles de leur propre corps.

Il leur sera alors demandé de s’imaginer être dans la même posture que le corps présenté, autrement dit de se mettre par la pensée « dans » le corps qu’ils voient. Après quoi les sujets de l’expérience devront répondre à des questions précises sur la posture du corps qui leur a été présenté. De telles « tâches cognitives décisionnelles » pourraient susciter les mêmes réponses cérébrales que celles qui sont responsables des expériences extracorporelles, ce que les chercheurs tenteront d’enregistrer grâce aux techniques les plus modernes d’imagerie médicale, qui témoigneront de la façon dont le cerveau réagit à ces situations particulières.

Grâce à ce projet, Olaf Blanke et ses collègues espèrent donc déboucher sur une meilleure connaissance de ce qui survient dans le cerveau durant de telles expériences extracorporelles ou lors d’une « autoscopie », un phénomène similaire durant lequel les personnes concernées croient voir leur corps comme dans un miroir. Ces acquis scientifiques seront non seulement utiles à la compréhension du fonctionnement du cerveau, mais devraient aussi avoir des conséquences pratiques pour un certain nombre de pathologies neurologiques. Sans compter qu’un tel projet contribuera à donner aux expériences extracorporelles un profil scientifique, ce qui incitera les personnes qui les vivent à ne plus avoir peur ou honte d’en parler.